par Patrick de Fraguier, Stratégiste chez Amundi AM
Après les points de passages obligés de la période estivale tels que :
Cet été, les taux longs des emprunts d’Etat allemands et américains ont plongé de 40 pb pour atteindre leurs plus bas depuis de nombreuses années, respectivement 2,20% sur le Bund et 2,45% sur les Treasuries, résultant du double impact de la poursuite du « quantitative easing » et de la fuite vers la qualité. Durant le fameux « conundrum des taux » entre 2004 et 2006, alors que la banque centrale américaine augmentait ses taux directeurs lors de ses meetings, les taux longs sont restés étonnamment stables au point d’être qualifiés d’« énigme » par A. Greenspan. Le niveau des taux longs par rapport à leur niveau théorique, déterminé grâce à un modèle fondamental, montre que l’anomalie a été d’environ 50 pb. Deux types d’explications ont été invoqués : le changement d’attitude des investisseurs vis-à-vis du risque et l’intensification des flux d’achat de Bons du Trésor. Ces variables peuvent en théorie être responsables du déclin de la prime de risque obligataire mais elles expliquent en pratique moins de la moitié de l’anomalie (*).
Pour déterminer une allocation d'actifs à long terme, quelques questions viennent naturellement à l’esprit :
Au cours de la dernière décennie, les marchés obligataires et d’actions ont très souvent évolué en parallèle. Toutefois depuis un an on assiste, indépendamment des anticipations sur le couple croissance/inflation et de l’évolution des déficits publics, à une divergence de trajectoire. Un découplage étonnant qui incite à revisiter les facteurs traditionnels déterminant la corrélation - positive ou négative - entre actions/obligations, à savoir le cycle conjoncturel, l’aversion au risque, l’évolution exogène/autonome du prix des matières premières et enfin le caractère plus ou moins expansionniste de la politique monétaire.
Dans le contexte actuel, combiner des actifs faiblement corrélés permet de diversifier le risque d’un portefeuille, à défaut d’en augmenter significativement le rendement. Au-delà des relations théoriques actions/taux, la situation de déflation générée par l’excès de dette doit tenir compte non seulement du niveau de taux d’intérêt réels mais aussi du nouveau rôle des banques centrales comme acteur en dernier ressort.
Pour rester investi sur les actifs risqués, le scénario central demeure celui :
Le pire, de manière asymétrique, serait une remontée des taux d’intérêt long terme déconnectée des perspectives de croissance mais liée à un problème de risque (rating essentiellement) sur les émetteurs souverains les mieux notés et qui de surcroît sont les plus gros emprunteurs/débiteurs.
NOTES
(* ) M. Brière., O. Signori and K. Topeglo, “Bond Market Conundrum: New Factors to Explain Long-Term Interest Rates“, Banque et Marchés, 92, janvier-fevrier 2008.