Une nouvelle crise financière n’est pas pour tout de suite

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par Bruno Colmant, Directeur de la recherche chez Degroof Petercam

Dix ans après la chute de Lehman Brothers, l’économie mondiale est de nouveau au meilleur de sa forme. Aux Etats-Unis, la croissance est même redevenue supérieure à son potentiel de long terme. En parallèle, l’endettement mondial a explosé et la Fed remonte progressivement ses taux directeurs, rappelant la situation d’avant 2008. L’histoire est-elle vouée à se répéter ? Pas forcément.

Les banques centrales ont la mainmise sur l’économie mondiale

Contrairement à la situation qui prévalait en 2008, nous ne sommes plus dans une économie de marché, mais dans une économie administrée par les banques centrales. Au cours des dernières années, celles-ci sont en effet intervenues dans l’économie à un niveau encore impensable il y a seulement 10 ans. Certaines d’entre elles, comme la BCE et la BoJ, soutiennent toujours la reprise de la croissance via leurs plans de « quantitative easing ». Ainsi, la BCE a désormais injecté dans l’économie européenne des sommes équivalentes plus de 25 % PIB de la zone euro. Seule critique à émettre : les banques centrales sont désormais devenues des « hedge funds » aux bilans colossaux, mais toutefois maîtrisés.

Du fait de cet interventionnisme, les banques centrales ont désormais une influence considérable sur l’ensemble de la courbe des taux d’emprunt d’Etat, tandis qu’il y a encore quelques années, cette influence était limitée aux taux courts. Le marché obligataire est donc devenu largement administré et les risques de remontée des taux semblent clairement limités dans ce contexte.

Par ailleurs, bien que le resserrement monétaire soit désormais bien entamé aux Etats-Unis, la Fed a tout intérêt à conserver un dollar faible pour que l’économie américaine reste compétitive. Après une très probable quatrième hausse de taux directeurs fin 2018, les membres du FOMC pourraient donc se montrer beaucoup moins « faucons » en 2019 et n’appliquer qu’une seule hausse de taux supplémentaire, d’autant plus que l’inflation américaine reste relativement modérée. Ceci étant, ce n’est pas le message donné par le Président de la FED qui annonce 4 hausses de taux avant la fin de l’année 2019.

Le vieillissement de la population empêche le retour de l’inflation

De même, la politique monétaire de la BCE reste encore très accommodante et il n’est pas certain que l’institution décide de remonter ses taux en 2019. Le retour en territoire positif du taux de dépôt pourrait donc attendre 2020, voire 2021. Et pour cause : la banque centrale européenne n’a aucune raison de remonter ses taux puisque l’inflation européenne reste modérée. Le problème est le même au Japon.

Si l’inflation reste si faible dans les grandes économies développées, c’est pour une raison principalement démographique : le vieillissement de la population. Les personnes âgées ont en effet une propension à consommer plus faible que les personnes en activité, et elles épargnent donc davantage. Ce phénomène, qui peut sembler anodin, est en réalité fondamental et renverse un certain nombre de théories économiques sur l’inflation, qui ont toutes été développées dans des périodes où la démographie était positive dans les pays développés. Tel n’est plus le cas désormais. Le Japon devrait perdre environ un tiers de sa population d’ici 2060 environ. Un tel phénomène limite naturellement les pressions inflationnistes et limite donc la hausse des taux des banques centrales, qui ne sont pas près de remonter.

L’endettement mondial n’est pas forcément un danger

Pour autant, le monde est désormais plus endetté qu’en 2008. Les dettes privées et publiques cumulées représentent 225% du PIB mondial selon le FMI, un chiffre en constante augmentation. Or, on sait que les périodes de récession surviennent généralement à cause de problématiques de surendettement, entraînant alors un grippage de la machinerie financière.

Faut-il s’en inquiéter ? Pas forcément. En effet, le bilan des banques est considérablement plus solide qu’il ne l’était avant la crise de 2008. Leurs ratios de fonds propres sont nettement plus élevés qu’à cette époque. Surtout, ces établissements sont désormais débarrassés des « junk bonds » et autres produits spéculatifs qui avaient menacé leur pérennité.

Lorsqu’il est question d’endettement, un sujet d’inquiétude récurrent depuis quelques années est néanmoins le cas chinois. On sait en effet que l’économie chinoise, aussi bien publique que privée, s’est fortement endettée au cours des dernières années. Rappelons néanmoins les fondamentaux solides sur lesquels repose cette économie. D’une part, les pouvoirs publics disposent d’une marge de manœuvre importante pour intervenir face à un éventuel ralentissement économique. D’autre part, le développement des « nouvelles routes de la soie », lancé il y a environ quatre ans, est un projet massif capable de soutenir la croissance pour plusieurs années, aussi bien en Chine que dans les pays voisins. Le risque d’un accident chinois est donc aussi limité que le risque de panique bancaire. Dix ans après la chute de Lehmann Brothers, une nouvelle crise financière ne semble pas pour tout de suite, à tout le moins pour les causes qui l’ont générée il y a 10 ans.

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