Le retour de l’inflation ?

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Les marchés d’actions américains, qui avaient fortement progressé l’an dernier, sont toujours en hausse depuis le début de l’année. La raison ? Les investisseurs pensent que le président Donald Trump va pouvoir mettre en œuvre des mesures pour doper l’activité, ce qui devrait relancer l’inflation.
 
Les craintes déflationnistes, encore présentes il y a quelques mois, ont disparu. Aux Etats-Unis comme dans la zone euro, le taux global d’inflation se rapproche désormais de 2% même si l’indice cœur en est encore loin. Au point que le terme « Reflation trade » est à la mode sur les marchés.
 
De quoi soutenir les bourses. A 2358 points, le S&P 500 est en hausse de près de 5% depuis le début de l’année et de plus de 27% sur un an. Les performances pour le Dow Jones Industrial, à base plus restreinte, sont de respectivement 4,5% et 16,4%. A titre de comparaison, l’Euro Stoxx 50 affiche une hausse de 5,6% depuis le 1er janvier et de 17,3% sur un an.
 
Autant dire que l’optimisme est de mise chez les investisseurs. Ce n’était pas chose évidente après le referendum qui a vu la victoire du « Brexit » au Royaume-Uni en juin et après la victoire de Trump à l’élection présidentielle américaine de novembre. Que se passe-t-il donc ? 
 
Nous sommes en réalité dans une période d’attente alors que la politique des banques centrales demeure toujours accommodante. La hausse des marchés d’actions est liée avant à l’expansion des multiples. Les ratios cours/bénéfices (PER) pour 2017 (autour de 14 pour le Stoxx 50 et de 16 pour le S&P 500) se situent au-dessus des moyennes historiques.
 
Tout le monde espère désormais que le « Brexit » passera par un accord raisonnable entre Londres et l’Union européenne car les deux parties auraient trop à perdre en cas de rupture violente. Quant à Trump, après son échec à faire supprimer et remplacer loi de Barack Obama sur la couverture maladie, il est attendu sur son programme économique.
 
Le fantasque président américain promet de porter la croissance du PIB à 4% par an alors que le consensus Bloomberg table sur 2,3% pour 2017 et que celui de ZoneFinance (réalisé avec des Buy Side) anticipe 2,1%.
 
Comme le souligne Christophe Donay, Chef économiste de Pictet Wealth Management, « l’objectif de 4% est réaliste mais avec l’immigration. » Pour le moment, Trump mène une politique contre les immigrés, fermant les frontières et multipliant les expulsions de sans papiers. En outre, le risque de guerre commerciale n’est pas totalement exclu par les investisseurs.
 
Pour parvenir aux 4%, le chef de la Maison Blanche prévoit une baisse massive des impôts pesant sur les entreprises et aussi sur les ménages ainsi qu’un vaste programme (1.000 milliards de dollars) d’investissements dans les infrastructures et la dérégulation financière. Mais il aura besoin du vote Congrès. Or, c’est la frange la plus radicale du Parti républicain, habituellement pour le libre-échange et contre les dépenses publiques, qui l’a fait trébucher sur l’Obamacare. Peut-il y avoir un accord entre le président américain et les parlementaires de son camp ? C’est la question du moment et c’est la raison pour laquelle 
 
En tout état de cause, la reprise la croissance mondiale (3,1% à 3,2% cette année et 3,4% en 2018) devrait tirer l’économie américaine. 
 
Dynamique mondiale, stabilisation des prix des matières premières, des banques centrales tentées d’accepter un peu d’inflation : l’environnement est favorable à une reprise de l’inflation dans les économies développées avec tout de même une divergence de part et d’autre de l’Atlantique. 
 
« Il y a deux zones différentes : la zone euro a un train de retard alors que les Etats-Unis sont à 2% de croissance avec le plein d’emploi et la perspective de mesures de soutien », explique Julien Daire, directeur des gestions taux et crédit chez CPR AM. 
 
Evidemment, la reprise de l’inflation n’est pas sans risque. D’ores et déjà, la hausse des salaires est réelle aux Etats-Unis et elle commence à accélérer. Pour éviter une surchauffe, la Fed pourrait relever ses taux en juin et en septembre.
 
Dans la zone euro, l’Allemagne réclame un durcissement de la politique monétaire de la BCE depuis plusieurs mois. Il faut dire que son économie se porte très bien par rapport à celles de ses partenaires du sud de l’Europe. La France, l’Italie et l’Espagne devront engager des réformes de fond pour favoriser la croissance économique et, donc, l’inflation. Est-ce possible ?