Depuis le déclenchement de la crise financière de 2008, la question de la refondation du capitalisme alimente régulièrement les débats. Mais les divergences sont-elles de part et d’autre de l’...
par Patrick Artus, Chef économiste de Natixis
Une forte majorité de Français souhaite que l’Europe se protège contre les produits chinois (et d’autres pays émergents, Inde, etc...) en imposant des droits de douane à ces pays.
On connaît les conditions d’efficacité d’une telle politique protectionniste :
Regardant de ces deux points de vue les relations commerciales entre l’Union Européenne et la Chine, nous nous demandons si se protéger par des droits de douane contre les produits chinois, comme le souhaitent les Français, serait une bonne idée. Nous pensons que ce serait une très mauvaise idée :
Deux autres facteurs devraient faire réfléchir les partisans du protectionnisme : la plus grande partie des exportations de la Chine est réalisée non par des entreprises chinoises mais par des entreprises étrangères implantées en Chine; le contenu en importations des exportations de la Chine est très important : se protéger contre la Chine revient à se protéger contre toute l’Asie.
Les raisons apparentes ne manquent pas à ceux qui veulent en trouver :
Mais se protéger, en Europe, contre les produits chinois par des droits de douane n’a de sens :
Avant de regarder ces deux questions (substituabilité, rétorsion), rappelons aussi deux points qui devraient rendre prudents les partisans de la protection :
(1) l’essentiel des exportations de la Chine ne vient pas d’entreprises à capitaux chinois mais d’entreprises étrangères installées en Chine. Se protéger contre les importations depuis la Chine pénalise donc surtout des entreprises européennes, américaines et japonaises.
(2) Le contenu en importation des exportations de la Chine est très élevé. Se protéger contre les produits chinois revient à se protéger contre les productions de toute l’Asie (Japon, autres émergents...), la Chine étant surtout un centre d’assemblage des productions asiatiques.
Taxer par des droits de douanes les importations depuis la Chine a un sens si ceci déclenche une substitution de productions domestiques aux importations. La substitution peut bien sûr venir à moyen terme de relocalisation en Europe de productions délocalisées en Chine.
La question est celle de la spécialisation productive mondiale et de l’irréversibilité des délocalisations. Si le transfert de capacités de production en Chine résulte d’une part de la spécialisation productive normale entre la Chine et l’Europe, d’autre part est fortement irréversible, l’élasticité-prix du commerce extérieur entre la Chine et l’Europe est très faible, et les droits de douane sur les produits chinois importés auraient comme seul effet d’accroître le prix des importations depuis la Chine, donc de réduire le pouvoir d’achat des Européens.
La très forte appréciation réelle de la Chine par rapport à l’UE 27 n’a pas freiné les importations de l’UE 27 depuis la Chine et a voisiné avec une dégradation de la balance commerciale de l’UE avec la Chine : la substituabilité entre produits chinois et produits européens est très faible.
Si l’Europe impose des droits de douane sur les importations en provenance de la Chine, l’effet sur l’Europe peut être positif :
Qu’observe-t-on ?
Les exportations de l’UE vers la Chine sont petites par rapport à ses importations depuis la Chine, mais elles augmentent rapidement grâce à la croissance rapide des importations de la Chine ; de plus, on sait que la Chine procède systématiquement à des rétorsions.
Nous pensons que le protectionnisme (des droits de douane) vis-à-vis des importations en provenance de Chine serait une très mauvaise idée :
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