Consensus : un ralentissement continu…

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Le consensus de mi-année de Globalix/ZoneFinance le confirme : les spécialistes des principales sociétés de gestion en Europe intègrent toujours un ralentissement continu de la croissance dans les principales zones de la planète mais personne n’ose évoquer, pour le moment, une récession.

Alors qu’il tablait en janvier sur une croissance mondiale de 3,2% en 2020, le consensus se situe cette fois à 3,1%. On pourra arguer que l’ajustement est faible mais l’anticipation pour 2019 est de 3,4% (contre une prévision précédente de 3,5%). Et on était sur une moyenne de 3,7% en 2018 !

Cette évolution est liée, bien entendu, aux tensions entretenues par le président américain Donald Trump, en particulier avec la Chine, qui pèsent sur le commerce mondial. C’est d’ailleurs cet aspect que le Fonds monétaire international (FMI) a mis en avant pour abaisser ses prévisions : il table sur une hausse du PIB de 3,2 % en 2019 et de 3,5 % en 2020, soit 0,1 point de moins que lors des prévisions publiées en avril.

La bataille commerciale entre Washington et Pékin, qui se traduit par des droits de douane réciproques plus élevés, pénalise en premier lieu les pays émergents mais également les économies développées. Ainsi, le consensus table pour 2020 sur une croissance de 1,7% pour les Etats-Unis (2,4% pour 2019), de 1,4% pour la zone euro (1,5%), 1,3% pour l’Allemagne (1,3%), 1,3% pour la France (1,4%) et 1,3% pour le Royaume-Uni (1,3%).

TABLEAU MACRO-ECONOMIE

Les investisseurs sont clairement inquiets des conséquences des tensions commerciales. Après la Chine, le Canada et le Mexique, Donald Trump a décidé de s’attaquer à l’Europe, ciblant particulièrement le secteur automobile allemande, et, plus récemment, l’Inde.

Si certains pensent que le président américain va se calmer à l’approche de l’élection présidentielle de novembre 2020 afin de favoriser ses chances de réélection, d’autres pensent que la personne est si imprévisible qu’il n’est pas possible de parier sur un accès de sagesse de sa part.

Quoi qu’il en soit, les marchés financiers doivent compter sur les banques centrales pour apporter un peu de stabilité. La Fed, sous la pression de la Maison Blanche, se montre de plus en plus accommodante. La Banque du Japon n’a plus de marge de manœuvre, à moins de se mettre à acheter directement des actifs de manière massive. Quant à la BCE, si le président sortant Mario Draghi est déterminé à assouplir encore sa politique monétaire pour préserver la croissance alors que l’inflation reste atone, nul ne sait comment réagira son successeur, Christine Lagarde. Ni économiste, ni banquier central et n’ayant jamais travaillé sur les marchés financiers, l’ancienne directrice générale du FMI suscite des interrogations. La principale est la suivante : est-elle capable de réagir dans l’urgence à une crise économique ? On pourrait ajouter une deuxième : a-t-elle suffisamment de crédit politique pour faire tout ce qu’il faudra (« Whatever It Takes ») dans une telle situation et ne risque-t-elle pas de s’en remettre aux politiques ?

Si la politique monétaire a soutenu les marchés jusqu’à présent, on peut s’interroger sur la tendance à long terme alors que les taux d’intérêts sont au plus bas historiques et que les indices boursiers sont au plus haut. Les anticipations boursières du consensus pour 2019 sont déjà dépassées.

TABLEAU CONSENSUS EQUITIES

La question désormais est de savoir si une correction est en vue. Mike Wilson, directeur des investissements chez Morgan Stanley, n’a aucun doute à ce sujet et table, comme il l’a dit le 19 juillet à MarketWatch, sur une « correction de 10% dans les trois prochains mois. » Ce qui signifie que l’indice S&P 500, qui est actuellement à 3000 points, devrait retomber vers 2.700 !

Il est évident qu’une forte baisse des marchés boursiers américains aurait des répercussions sur l’ensemble de la planète, comme on l’a vu à l’automne 2018. Au point d’accentuer le ralentissement économique, voire de précipiter certains pays dans la récession ? C’est tout l’enjeu des prochains mois.