Comment le projet de réforme fiscale va influencer les actions américaines

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par Vincent Passa, Directeur de Legg Mason France

Les changements apportés au code fiscal américain, en faveur des dépenses d'investissement et du rapatriement des bénéfices détenus à l'étranger devraient donner un coup de fouet à la croissance du PIB et à la productivité des entreprises outre-Atlantique.

Le paquet fiscal de 1 500 milliards de dollars qui vient d’être promulgué vise à aider les États-Unis à gagner en compétitivité par rapport au reste du monde et donne aux dirigeants d'entreprises la visibilité dont ils ont besoin pour prendre des décisions stratégiques à long terme. Les équipes de Clearbridge Investments, filiale de Legg Mason, s’attendent à une hausse des dépenses d’investissement de l’ordre de 5 % à 10 % aux Etats-Unis en 2018. Une donnée illustre déjà cette tendance : au mois de décembre, la composante de l’indice ISM manufacturier concernant les nouvelles commandes a atteint 69,4, soit un niveau bien supérieur à la barre des 50 qui indique généralement un début d’expansion.

Un centime économisé équivaut à un centime dépensé ?

Jamais auparavant dans l'histoire fiscale américaine le passage à une comptabilisation en charges des dépenses d’investissement n'était allé de pair avec un rapatriement des bénéfices. D’après Jeff Schulze, Stratégiste chez Clearbridge Investments, cette combinaison devrait donner un coup de pouce à l'activité et pourrait possiblement engendrer une hausse de la productivité. En effet, la croissance du PIB est fonction de la croissance démographique et de la productivité. Or, la croissance de la productivité a été médiocre depuis la crise et son accélération pourrait stimuler la croissance du PIB américain pour les années à venir. De plus, les augmentations de fin de cycle des dépenses d'investissement sont un phénomène typique du marché, dans la mesure où la forte croissance des salaires commence à éroder les marges des entreprises. Historiquement, les dépenses d'investissement ont été un moyen d'aider à préserver les marges dans ce type d'environnement. Les entreprises qui fournissent des solutions d’optimisation de la productivité devraient donc avoir le vent en poupe pour les deux prochaines années.

Le rapatriement forcé des capitaux permettra aux entreprises de ramener sur le sol américain les capitaux détenus à l’étranger. De nombreux observateurs évaluent le montant réel détenu sous forme d’actifs liquides à près de 1 000 milliards de dollars. A mesure que cet argent retrouvera sa terre natale, il pourra financer des dépenses d'investissement ou des activités favorables aux actionnaires : fusions-acquisitions, rachats d'actions ou augmentations de dividendes. Les deux secteurs qui pourraient bénéficier d'un rebond de ces activités sont la santé et les technologies de l'information. Selon le cabinet Strategas, 20 % de la valeur de marché des sociétés du secteur de la santé de l’indice S&P 500 correspond à des bénéfices détenus à l’étranger et non distribués. Ce chiffre s’élève à 18% pour le secteur des technologies de l’information. Ces pourcentages sont beaucoup plus élevés que dans la plupart des autres secteurs de l'indice, et représentent des opportunités exceptionnelles en cas de rapatriement.

Les élections de mi-mandat pourraient favoriser le bipartisme

L’année 2018 a toutes les chances d’être dominée par une date particulière : le 6 novembre, jour des élections de mi-mandat. Depuis 1938, seules deux élections de mi-mandat n’ont pas vu le parti présidentiel perdre des sièges au Congrès à l’issue du scrutin. A chacune de ces occaions, la cote de popularité du Président excédait 60 %. À titre de comparaison, la cote de popularité du Président Trump est aujourd’hui inférieure à 40 %... Le sort semble jouer en défaveur des Républicains, et leurs chances de conserver le contrôle de la Chambre des représentants, voire du Sénat s’amoindrissent.

2018 s’annonce donc comme l’année du bipartisme, parsemée de problématiques sur lesquelles les Républicains tenteront d’obtenir le ralliement des Démocrates. En effet, aucun projet de loi du parti présidentiel ne pourra être adopté sans l’appui du parti d’opposition. Le débat en cours sur le Budget donne un aperçu de la façon dont s’annonce l'année : les Démocrates sont en faveur du programme DACA (« Deferred Action on Childhood Arrivals »), de l'augmentation des secours financiers en cas de catastrophe naturelle et de l’atténuation du mécanisme du « séquestre budgetaire » accompagnée d’une hausse des dépenses militaires et de sécurité intérieure. De leur côté, les Républicains veulent un contrôle plus strict de l'immigration et une atténuation du séquestre budgétaire bénéficiant aux dépenses de défense uniquement.

De son côté, le Président Trump ne démord pas de son projet de Mur. Les Démocrates semblent bénéficier à la fois du bon momentum et d’une marge de manœuvre suffisante pour agir mais ils vont devoir réfréner les ambitions parfois excessives du Parti. De leur côté, les Républicains, qui contrôlent la Chambre des représentants, le Sénat et la présidence, ont dû faire face à une situation d’arrêt des activités gouvernementales (« shutdown »). Un compromis a finalement été trouvé, mais à ce stade les gagnants et les perdants ne sont pas encore clairement identifiés.

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