BCE : il faut préparer le terrain

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par John Plassard, Spécialiste en investissement chez Mirabaud

La Banque centrale européenne (BCE) tenait sa réunion de la rentrée hier (10/09) à Frankfurt. Si aucune modification sur les taux ne devait être annoncée, les attentes des investisseurs étaient extrêmement élevées, l’Europe faisant toujours face à un certain nombre d’incertitudes liées à la pandémie de coronavirus. La présidente se devait aussi de répondre à de nombreuses questions sur des sujets tels que :

La progression de l’euro ruine-t-elle les espoirs de retour de la croissance en zone euro ?

Accommodant oui, mais jusqu’à où et jusqu’à quand ?

Quelles sont les nouvelles projections économiques (inflation et croissance) ?

L’évolution du mandat de la Fed vers une inflation plus « flexible » a-t-elle inspiré la BCE ?

a. Les faits

Le principal taux d'intérêt a été maintenu à zéro, tandis que les banques se verront toujours appliquer un prélèvement de 0,50% sur une fraction des dépôts qu'elles confient à la banque centrale au lieu de les prêter à leurs clients.

Le statu quo décidé vaut aussi pour le programme d'urgence PEPP (pandemic emergency purchase programme - Suivre le lien), visant à limiter les effets de la crise sanitaire et portée en juin à 1.350 milliards d'euros et devant s'étaler jusqu'à juin 2021.

La BCE a en outre confirmé qu'elle allait réinvestir à leur échéance les titres participant au PEPP et ce jusqu'en 2022, une mesure pour mieux piloter ce stock d'actifs sur le long terme. Ce programme a été confirmé à raison de 20 milliards d'euros par mois, auxquels s'ajoutent 120 milliards d'euros qui seront engagés en 2020.

Le texte est quasiment le même qu’à la dernière réunion, à quelques détails près (ci-dessous).

b. Une BCE plus confiante

Christine Lagarde a annoncé que l’institution de Frankfurt s'attendait désormais à une récession un peu moins violente qu'anticipée auparavant dans la zone euro cette année, mais continue de tabler sur un ralentissement marqué de l'inflation. Les nouvelles prévisions sont les suivantes :

Croissance : La BCE s’attend désormais à une contraction de 8,0% du PIB de la zone euro cette année, contre -8,7% prévu en juin, avant un rebond de 5,0% l'année prochaine et une croissance de 3,2% en 2022. À plus court terme, les données en possession de la BCE laissent attendre un fort rebond du PIB au troisième trimestre. Alors que l'activité du secteur manufacturier a continué de s'améliorer, l'élan dans le secteur des services a ralenti quelque peu dernièrement selon Christine Lagarde.

Inflation : La BCE s’attend désormais à une inflation dans la zone euro de 0,3% cette année avant de remonter à 1,0% en 2021 et à 1,3% en 2022. En juin, la BCE tablait sur une inflation de 0,3% pour 2020, de 0,8% pour 2021 et de 1,3% pour 2022. L’objectif de 2% est donc toujours très loin... L'inflation de base reste selon la BCE comprimée par la faiblesse des prix de l'énergie et le peu de pression sur les prix dans le contexte d'une demande contenue et du ralentissement du marché de l'emploi.

c. Un euro sous surveillance

Christine Lagarde a déclaré que la BCE surveillait attentivement le niveau de l'euro, dont l'appréciation ces derniers mois avait contribué à tirer l'inflation à la baisse, en ligne avec mon étude sur l’euro du 20 août dernier.

La présidente a confirmé que la hausse de l'euro avait été largement débattue lors de la réunion du conseil des gouverneurs de l'institution. Cette dernière a rappelé que le mandat de la banque était toujours de maintenir la stabilité des prix et l'appréciation de l'euro était quelque chose à surveiller attentivement.

Enfin, Madame Lagarde a signalé qu’il ne fallait pas surréagir à une hausse de l’euro et qu’il n’y avait pas d’objectif précis de cours. Cette déclaration a bien évidemment propulsé à la hausse la monnaie unique face au dollar notamment.

Rappelons ici que selon les calculs de la BCE, une augmentation de 10% de l'euro face à un panier de devises représentatives, le fameux taux de change effectif, se traduit par un point d‘inflation en moins. Or depuis mai 2020 le taux de change effectif de l'euro a progressé d'environ 10%.

Concernant la croissance selon diverses estimations on peut dire qu'une augmentation de 10% du taux de change effectif de l'euro se traduit par une croissance moindre de 0,5% environ. La hausse actuelle réduirait donc la croissance de 0,3%.

Mais cet effet pourrait être inférieur. Car cette fois-ci la reprise économique constatée s'explique en grande partie par une reprise de la demande intérieure, qui s'appuie sur une hausse de la confiance des ménages et des entreprises, pas démentie pour le moment.

d. Synthèse

Amélioration des perspectives économiques ou encore niveau de l’euro considéré comme « raisonnable », Christine Lagarde a dépeint un tableau de la zone euro avec certes des incertitudes, mais un retour de la confiance. Il n’en fallait pas plus pour que les investisseurs reprennent du poil de la bête tout comme l’euro d’ailleurs. Le doute quant à de nouvelles interventions monétaires pourrait ainsi refaire surface et gâcher quelque peu la fête.

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