Chroniques de William Emmanuel

L’Espagne : un nouveau départ ?

L’Espagne est entrée dans l’histoire sportive en remportant, dimanche 11 juillet, la première coupe du monde de football de son histoire. Ce trophée est le seul capable de créer l’euphorie dans un pays pendant plusieurs jours. Certains économistes pensent que cette victoire aura un impact (que certains évaluent à 0,5 point de Produit intérieur brut) sur l’économie nationale, qui en a bien besoin alors que la croissance patine et que le taux de chômage est proche de 20%.

A quoi sert le G20 ?

Depuis le sommet du G20 à Toronto, les principaux indices boursiers internationaux sont en recul ou au mieux au même niveau qu’avant le début de la réunion. Autant dire que la déclaration finale des chefs d’Etat et de gouvernement n’a pas convaincu. Les intentions étaient louables : les dirigeants de ce club représentant 80% du Produit intérieur brut (PIB) mondial se sont engagés à réduire leur déficit budgétaire d’ici 2013 et à stabiliser leur dette publique d’ici 2016.

Dans le même temps, ils ont expliqué qu’il était possible que les ajustements budgétaires menés simultanément dans plusieurs pays nuisent à la reprise économique.

Dix ans pour sortir de la crise ?

Le gouverneur de la Banque de France, le très prudent Christian Noyer, vient de lancer une prédiction qui a peu de chance de faire remonter le moral des Français : selon lui, pour sortir de la crise qui a débuté en 2008, “il faudra pas mal d'années, peut-être entre cinq ans et dix ans probablement” de gestion rigoureuse des finances publiques.

“Sinon, si on veut le faire très très vite, là on peut avoir un effet négatif sur la croissance, il faut le faire progressivement, ça prendra au moins cinq, six ans”, a-t-il expliqué.

Même si cette déclaration peut étonner de la part d’un membre du conseil de la Banque centrale européenne (BCE), dont le leitmotiv est de ne jamais décourager les citoyens afin de ne pas peser sur la consommation et donc sur la croissance, elle a le mérite de situer les enjeux.

La France face au miroir allemand

Signe que la France s’inquiète pour sa situation financière, et notamment pour sa note “AAA” auprès des agences de notation de crédit, le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a accordé une longue interview au quotidien économique Financial Times (21/06) pour assurer que le gouvernement était déterminer à trouver les 100 milliards d’euros nécessaires pour ramener le déficit public à 3% du Produit intérieur brut (PIB) en 2013 contre 8% en 2010. Dans le même temps, pour convaincre de sa volonté de faire des économies, le gouvernement a engagé des consultations pour réformer le système de retraite, fortement déficitaire.

Peut-on sortir de la crise ?

On aurait tort de s’emballer : l’embellie boursière observée depuis la fin du mois de mai ne signe pas la fin de la crise économique en Europe. Les plus optimistes diront “pas encore”. Les plus pessimistes estiment pensent qu’après un rebond passager les indices risquent de replonger et certains n’excluent que l’on revive la situation de 2003-2004. En France, l’indice CAC 40 pourrait ainsi retomber autour de 2.500 points, selon plusieurs spécialistes des marchés financiers.

Les inquiétudes, on le sait, sont nées de la crise financière de la Grèce qui a vite touché d’autres pays et qui a provoqué une baisse extrêmement rapide de l’euro, contre le dollar en particulier. les efforts désordonnés des différents Etats membres de l’Union européenne pour assainir leurs finances publiques ne convainquent pas les investisseurs internationaux, qui privilégient de nouveau les Etats-Unis et les pays émergents comme la Chine ou le Brésil.

Comment doper la croissance

Un nouveau rapport qui doit être remis en juillet au président de la République énonce des propositions pour porter la croissance économique de la France à 2,5%-3,0% par an d’ici 2020. Une perspective plutôt heureuse alors que le gouvernement table sur 1,4% cette année.

Mais comment doper l’activité ? Le rapport évoque “un effort accru d'investissement et d'innovation” et une “réforme du marché du travail”. Pour l’instant, il n’y a pas de proposition précise et on peut le regretter. Contrairement à ce qu’on pense souvent en France, ce ne sont pas les grandes déclarations politiques ni les rapports d’experts qui permettront de relancer l’économie.

La France a de nombreux atouts pour devenir une puissance économique plus dynamique : des infrastructures (transports, énergie, communications, etc.) modernes et un système de santé et un système d’éducation qui fonctionnent. Ce qui manque au pays c’est l’esprit d’initiative.

Pourquoi les marchés paniquent...

Un jour, les indices boursiers baissent de 3%. Le lendemain, ils remontent de 2%. La bourse fait du yo-yo. La volatilité est de retour et les spécialistes relèvent que l’indice VIX (surnommé l’indice de la peur) a plus que doublé par rapport à fin avril pour atteindre 42%. C’est encore loin du pic qui a suivi la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, en septembre 2008, mais c’est tout de même inquiétant.

C’est d’autant plus inquiétant que c’est la santé financière des Etats qui inquiète aujourd’hui. Et pas n’importe lesquels. Il ne s’agit plus de contrées exotiques qu’on charge le Fonds monétaire international (FMI) de sauver. La crise est au coeur du monde développé et menace de mettre à bas un édifice sophistiqué : la monnaie unique adoptée par des pays européens après des décennies de préparation.

Renforcer la BCE

La crise qui frappe la zone euro depuis plusieurs mois montre sans aucun doute la nécessité d’une coordination économique plus étroite entre les pays membres. Certains économistes et dirigeants politiques pensent qu’il faut aussi davantage de solidarité entre les pays disposant de marges de manoeuvre budgétaires et ceux qui sont condamnés à une cure d’austérité.

Mais cette crise montre surtout que les institutions européennes ne sont pas à la hauteur. La Commission européenne dispose d’un institut de statistiques (Eurostat) qui a avalisé pendant des années les données macro-économiques fournies par la Grèce sans prendre la peine de les vérifier. On sait aujourd’hui que l’ancien gouvernement grec a maquillé les comptes dans des proportions extrêmes.

750 milliards d’euros et après ?

Certains commentateurs n’ont pas lésiné sur la dithyrambe à la suite de l’adoption par l’Union européenne d’un plan de sauvetage de 750 milliards d’euros en faveur de pays qui pourraient rencontrer des difficultés financières. Il s’agirait d’un événement “historique”. En fait d’histoire, c’est une mesure d’urgence.

La crise qui frappe la Grèce depuis plusieurs mois menaçait de s’étendre au Portugal, à l’Espagne, voire à l’Italie. Cette perspective a fait fortement baisser l’euro face au dollar. Sans intervention de l’UE, les pays européens auraient eu de plus en plus de mal à accéder aux marchés financiers. Cela aurait affaibli considérablement l’Europe et aurait pu provoquer un éclatement de la zone euro.

En attendant le consommateur chinois...

Depuis l’annonce d’une croissance de l’économie chinoise de 11,9% au premier trimestre 2010 par rapport au premier trimestre 2009, nombreux sont les experts qui se demandent s’il n’y a pas un risque de surchauffe avec toutes les conséquences négatives que cela peut avoir. Le taux d’inflation a atteint 2,8% en rythme annuel en avril, soit son plus haut niveau depuis 18 mois.

Pour certains investisseurs, la Chine apparaît au contraire comme un modèle dans le monde en crise que nous connaissons. Philip Ehrmann, spécialiste des marchés émergents chez le fonds d’investissement Jupiter Asset Management, juge ainsi qu’après avoir soutenu l’économie grâce à un plan de relance massif les autorités ont retiré progressivement leur soutien pour éviter un emballement. Une correction a permis un réajustement des marchés financiers locaux de sorte que les valorisations des entreprises cotées sont à un niveau jugé correct.